Un jour, un poème (5)

Donatien Garnier (France)

(c) Anthony Picoré

En 2014, après quinze ans de journalisme documentaire (dont dix au sein du collectif Argos), Donatien Garnier se tourne vers la poésie contemporaine et la création transmédia.

Né d’une réflexion sur les formes du livre et les relations contenus/contenants, son travail s’inscrit aujourd’hui dans une perspective faisant du langage l’espace premier des luttes contre l’asservissement psychique et la soumission aux catastrophes environnementale et sociale en cours. Comment écrire dans une langue libre et vivante ? Comment transmettre cette langue par et par-delà le livre ? Ces questions sont des préoccupations permanentes pour Donatien Garnier.

En 2015, il fonde la compagnie « Le Poème en volume » avec le chorégraphe Gaël Domenger dont l’objectif est la création d’œuvres à la transversalité disciplinaire très ouverte. Des installations, des spectacleset des performances ont été produits depuis.

Au fil des ans, l’expérience de la scène et la fréquentation de musiciens improvisateurs le poussent à amorcer un travail de recherche sur la vocalisation du texte poétique. Entre 2020 et 2022, les trente-trois performances de Synapses ont conduit à l’émergence du principe d’instrumentexte, actuellement en expérimentation dans le cadre du projet Orphée vigneron.

www.donatiengarnier.com

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Synapses

Livre 23 : 684 ~ 691

quatre quatre trois trois alterné cinq sept cinq un rien de barbotine conserve

mieux qu’une bibliothèque le récif qui l’articule

je l’ai épelé anémochorie je lui ai confié mes livres

et nous avons daensé

houillé d’instincts laminaires cestuy cerneau de flammes

oh laisse-moi plagier encore tes bougés naufrageurs

là où les choses disparaissent à l’intérieur des choses à l’intérieur

de quoi

Un jour, un poème (4)

Santos Domínguez Ramos (Espagne)

(c) Vincenzo Bucci

Santos Domínguez Ramos (Cáceres, 1955) – qui se distingue dans le riche panorama de la poésie espagnole, « l’une des voix les plus importantes et authentiques de sa génération » écrit Félix Grande – est poète, professeur de langue et de littérature espagnoles et critique littéraire. Il est l’auteur d’une trentaine de livres et a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière, en particulier, et à l’unanimité, le 36e Prix hispano-américain de poésie Juan Ramón Jiménez (2016) pour El viento sobre el agua.

Ses ouvrages ont été traduits en français, anglais, arabe, hongrois, italien, arménien, grec et russe. Il a fait partie des 25 poètes d’Espagne publiés dans Inuits dans la jungle en France en 2008. Ses poèmes – sélectionnés et traduits par la fameuse traductrice et éditrice Marcela Filippi – ont fait l’objet de deux anthologies bilingues espagnol-italien récemment parues en Italie et son dernier recueil El tercer reino (PreTextos, 2021) a été nominé pour le prix de la critique et le prix national de poésie. On peut par ailleurs lire les textes de Santos Domínguez Ramos en version numérique.

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EL HOMBRE QUE CAMINA

(L’Homme qui marche I. Giacometti)

¿De dónde viene, frágil, el hombre que camina?

¿A qué futuro incierto se dirigen sus pasos?

Algo en su movimiento lo retiene hacia el suelo

pero él se afirma y anda hacia adelante y arde

-entre el ser y el vacío, entre el cielo y la tierra-

su soledad precaria, la fuerza de su impulso.

Altivo y solitario, viene desde la lluvia,

emerge de la herida y de las sombras.

Bajo una piel rugosa, es casi sólo huesos.

Parecen disolverse sus plantas en el barro,

pero se afirma y anda sereno hacia adelante.

En el espejo turbio de su silueta exigua

nos reconoce el tiempo. Y en la oscura mirada

que asume su destino y su esqueleto,

despojado de todo, excepto de sí mismo.

L’HOMME QUI MARCHE

                               (L’Homme qui marche I. Giacometti)

D’où vient-il, fragile, l’homme qui marche ?

Vers quel avenir incertain se dirigent ses pas ?

Quelque chose dans son mouvement le retient au sol

mais il s’affirme et va de l’avant et brûle

– entre l’être et le vide, entre le ciel et la terre –

sa solitude précaire, la force de son élan.

Altier et solitaire, il vient de la pluie,

émerge de la blessure et des ombres.

Sous une peau rugueuse, il n’est presque fait que d’os.

Elles semblent se dissoudre dans la boue ses semelles,

mais il s’affirme et va sereinement de l’avant.

Dans le miroir trouble de sa maigre silhouette

le temps nous reconnaît. Et dans le regard sombre

qui assume son destin et son squelette,

dépouillé de tout, excepté de lui-même.

(Traduction : Jean Portante)

Un jour, un poème (3)

Núria Contreras Coll (Catalogne/Espagne)

Núria Contreras Coll, née à Barcelone en 1995, est diplômée de l’université de Barcelone et de l’Université Pompeu Fabra (Études comparatives / Littérature, Art et Pensée). Actuellement, elle travaille sur une thèse de doctorat portant sur la notion de métaphore chez la philosophe María Zambrano.

Son premier recueil de poèmes, En Construcció / En construction (Ed. Viena, 2021), lui a valu le prix de poésie Martí Dot, prix qui entend promouvoir la création littéraire en catalan et aider les jeunes poètes à faire connaître leur première œuvre. Il reflète, comme son titre l’indique, le processus de construction de l’identité, parle de la ville, de la tradition romantique, du besoin d’écrire.

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EXORDI

Col·loco les mans fent cassoleta,

hi desfilen la mare, el pare,

els avis, tiets i coneguts,

tots els que han estat abans

despullats davant un altar.

Venen de lluny i porten

la convicció d’un ofici,

el sentit d’un nom,

l’error clavat als colzes

amb consells matussers;

l’única justificació

d’haver pecat i haver caigut

és imposar-se, entrenar-se

en paraules, fer residual

un llenguatge que cau

en comptagotes i forma

una pila d’aigua.

EXORDE

Je mets les mains en coupe,

y défilent ma mère, mon père,

mes grands-parents, oncles et connaissances,

tous ceux qui étaient avant moi

nus devant un autel.

Ils viennent de loin et ont

la conviction d’un office,

le sens d’un nom,

l’erreur clouée aux coudes

avec des conseils maladroits;

la seule justification

d’avoir péché et d’être tombés

est de s’imposer, s’entrainer

aux mots, rendre résiduel

un langage qui tombe

au compte-gouttes et forme

des sources d’eau.

(Traduction : Màxim Serranos Soler)

Un jour, un poème (2)

Martina Caluori (Suisse)

(c) Michel Gilgen

Martina Caluori ist 1985 geboren, studierte Publizistik und Filmwissenschaften und lebt als Autorin in der Schweiz. 2019 erschien ihr Lyrikdebüt Frag den Moment (Pro Lyrica), 2021 in Co-Autorenschaft mit Lea Catrina, Öpadia – A Novella us Graubünda (Arisverlag) und 2022 ihr Kurzprosadebüt Weisswein zum Frühstück (lectorbooks). Diesen Herbst erscheint ihr neuer Lyrikband Ich weine am liebsten in Klos. Daneben publiziert sie in Magazinen und Anthologien, kuratiert Literatur-veranstaltungen und ist in Kunst- sowie Kulturprojekte involviert. Aktuell beim Verein Zürcher Museen. Im September 2022 wurde sie mit dem literarischen Werkbeitrag der Stadt Chur ausgezeichnet.

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Gepeitscht von Hoffnung
vertrieben von Angst
halbgar zwischen Tag und Traum.
Auf dem Schaumwasser
Hast du mit den Wolken gespielt
bevor du zum Meeresgrund gekrabbelt bist
     – während ich in Privilegien plansche

Un jour, un poème (1)

Laura Accerboni (Italie)

(c) Carlo Accerboni

Laura Accerboni est née à Gênes en 1985 et vit en Suisse. Elle a publié trois recueils de poèmes : Acqua Acqua fuoco (Einaudi, 2020), La parte dell’annegato (Nottetempo, 2016 ; Eloisa Cartonera, 2019) et Attorno a ciò che non è stato (Edizioni del Leone, 2010).  Elle a de nombreux textes repris dans des revues italiennes et étrangères (Nuova corrente, Poesia, Italian Poetry Review etc…). Elle a été récompensée par plusieurs prix dont Lerici Pea Giovanni (1996), Piero Alinari (2011) et Achille Marazza Opera Prima (2012).

Traduite en plusieurs langues, elle est régulièrement invitée dans des festivals internationaux de poésie : Poetry International Rotterdam (Pays-Bas) ; Felix Poetry Festival (Belgique) ; Struga Poetry Evenings (Macédoine) ; Festival Babel de littérature et traduction (Suisse) ; Poetry on the Road (Allemagne) et 10Tal / The Stockholm Poetry Festival (Suède)…

Laura Accerboni fait partie des poètes sélectionné.es dans le cadre du projet Versopolis de l’Union Européenne. Elle est co-fondatrice de l’agence littéraire transnationale Linguafranca et rédactrice en chef de la revue littéraire Steve. Elle est aussi photographe.

« Son ton sans émotion renforce l’effet dramatique de son œuvre. La condition humaine est sur la table de dissection de l’esprit » (Lodewijk Verduin).

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Ieri il bambino più alto

ha messo una pietra

tra i denti

e ha iniziato a masticare.

Ha dimostrato a sua madre

ciò che una bocca può fare

se messa all’orlo

e che una casa distrutta

è solo una casa distrutta.

Ieri tutti i bambini più alti

hanno messo alla fame i nemici

e raccolto i loro giochi in fretta.

Hanno dimostrato alle madri

l’ordine

e la disciplina dei morti

poi sono corsi a lavarsi le mani

e ad ascoltare le notizie

in forma di ninnenanne.

Hier le garçon le plus grand

a placé une pierre

entre ses dents

et il a commencé à mâcher.

Il a montré à sa mère

ce qu’une bouche peut faire

si on la pousse à bout

et qu’une maison détruite

est seulement une maison détruite.

Hier tous les plus grands garçons

ont affamé leurs ennemis

et vite rassemblé leurs jeux.

Ils ont montré à leurs mères

l’ordre

et la discipline des morts

puis ils ont couru se laver les mains

et écouter les nouvelles

en forme de berceuses.

(Traduction : Odile Cornuz)

Les poètes du festival 2023

Douze poètes, grandes voix et jeunes talents venus de toute l’Europe, sont au rendez-vous de cette nouvelle édition du festival (21, 22, 23 avril) dont le but est de faire entendre une poésie vivante. Douze poètes qui, avec douceur, avec panache, avec violence parfois, avec force toujours, disent à leur manière ce que peut le poème face à l’absurdité d’un monde marqué de tant de tragédies et de souffrances. Venez les écouter, venez les rencontrer…

Italie – Laura Accerboni
(c) Carlo Accerboni
Suisse – Martina Caluori
(c) Michel Gilgen
Catalogne/Espagne
Núria Contreras Coll
Espagne
Santos Domínguez Ramos
(c) Vincenzo Bucci
France – Donatien Garnier (c) Anthony Picoré
Portugal
João Luís Barreto Guimarães
(c) Teresa Guimarães
Hongrie – István Kemény
(c) MTI/Gyula Czimbal
Tchéquie – J. H. Krchovský
(c) Nela Klajbanova
RD Congo – Autriche
Fiston Mwanza Mujila
(c) Leonard Stenberg
Liechtenstein
Mathias Ospelt
(c) Daniel Schwendener
Roumanie – Cosmin Perţa (c) Dirk Skiba
Luxembourg – Elise Schmit (c) Boris Lodner

16e Festival du
Printemps des Poètes – Luxembourg
Découvrez le programme 2023

Autour du thème « frontières », le 16e festival du Printemps des Poètes – Luxembourg se tiendra les 21, 22 et 23 avril 2023 à la Kulturfabrik (soirée d’ouverture le 21), à neimënster (grande nuit de la poésie le 22) et à la galerie Simoncini (matinée de clôture le 23). Douze poètes y sont attendus ainsi que la musicienne Lisa Ducasse et le musicien Pol Belardi.

Concours Jeune Printemps: remise de prix le 2 juillet à 17h

Le 2 juillet 2020 à 17 heures, l’Agora de neimënster prêtera son cadre à la cérémonie de remise de prix du concours de poésie 2020 de l’a.s.b.l. „Printemps des poètes Luxembourg“, en présence de Madame Sam Tanson, ministre de la Culture.

Placée sous le thème du „Courage“, l’édition 2020 du concours « Jeune Printemps » aura connu un vif succès puisque 256 poèmes ont été soumis à la délibération du jury cette année. Un bel engouement qui témoigne de l’intérêt que les lycéens, les universitaires et les adultes (poètes non publiés) portent à la poésie.

Rappelons que cette cérémonie, initialement prévue le 31 mars, avait été annulée – tout comme notre festival annuel « Printemps des poètes » programmé les 24, 25 et 26 avril – suite à la déclaration de l’état de crise pour enrayer la pandémie du COVID-19. Avec les récentes phases de déconfinement, les organisateurs ont décidé d’arrêter une date pour honorer les participants au concours « Jeune Printemps ».

Le 2 juillet donc, une cérémonie aura lieu dans l’Agora de neimënster, dans le respect des mesures sanitaires qui s’imposent: à cette occasion, les 40 lauréats du « Jeune Printemps des poètes » (10 par catégorie d’âge) seront invités à présenter leurs poèmes devant l’assistance rassemblée (famille, amis, professeurs, directeurs d’établissements scolaires) et en présence de la ministre de la Culture, Sam Tanson.

Concours Jeune Printemps 2020

Notre nouveau thème : le courage.

Cette année, c’est la neuvième édition du concours Jeune Printemps. La remise des prix aura lieu à neimënster, mardi 31 mars 2020 à 17 heures.

Le formulaire de participation et les poèmes (3 au maximum) devront parvenir au PPL pour le dimanche 8 mars 2020 au plus tard à l’adresse courriel du concours.

Bonne chance à toutes et à tous !

Formulaire de participation et règlement 2020 ci-dessous :

Photo : Marco Werch, CC BY 2.0

Dixième anniversaire des amis d’Edmond Dune

À l’occasion de son dixième anniversaire, l’association Les Amis d’Edmond Dune, créée en 2009 à Luxembourg, invite à une fête littéraire. Le Printemps des poètes – Luxembourg est heureux de s’y associer.

Au programme :

  • lecture de textes d’écrivains présents (Jean Portante, Hélène Tyrtoff, Paul Mathieu, Florent Toniello, Nico Helminger) et d’Edmond Dune ;
  • projections de vidéos et de films ;
  • lancement du projet « 100 jours – 100 poèmes – 100 secondes » en partenariat avec le Centre national de littérature et Radio 100,7 (de septembre à décembre 2019) ;
  • bar (boissons, en-cas).

Samedi 28 septembre 2019 à 18 h 45, à neimënster,
28, rue Munster, L-2160 Luxembourg.