Présentation : Simon Raket

Simon Raket est né il y a quarante deux ans à Bruxelles.

Après une jeunesse hip-hop et tumultueuse, il sera formé par Frédéric Dussenne aux Conservatoires royaux d’art dramatique de Bruxelles et de Mons, dont il sortira en 1998 avec un premier prix en poche.

Après avoir joué durant quelques années dans différents théâtres et compagnies bruxelloises, Simon s’exile à Liège, puis dans le fond de l’Ardenne, sans doute pour fuir la ville, le brasier… et trouver le calme.

Pendant 15 ans, sa vie se divisera en deux parties entre le cinéma (assistant-réalisateur pour Bouli Lanners, Lucas Belvaux, Philippe Falardeau…) et l’organisation d’ateliers, destinés à des personnes considérées comme « en difficulté sociale », utilisant le cinéma de création collective comme vecteur d’insertion.

Et toujours, l’écriture. Constamment, compulsivement.

Des mots rythmés, taillés dans la roche pour être crachés dans le cœur des gens.

Bien que caché au fond de l’Ardenne belge, le hip-hop finira par le rattraper en 2012, lorsqu’il rejoindra le combo Rap-Jazz SPEAKEASY, big band rassemblant 7 jazzmen et 11 MC’s, et aujourd’hui malheureusement disparu.

En 2015, Simon sera lauréat du prix littéraire « Paroles Urbaines » de la Fédération Wallonie-Bruxelles, champion de Belgique et vice-champion d’Europe de slam.

Simon dirige aujourd’hui Lezarts Urbains, la plus ancienne structure de soutien au mouvement hip-hop en Belgique.

Trois secondes

Au début de la première seconde avant que la tôle ne gronde,
Que dans un long glissement vrombissant le monde ne fonde dans l’ombre, j’ai ouvert les yeux.
J’ai ouvert les yeux et la calandre du camion se jetait devant moi, aveuglante et énorme comme une falaise de baie de somme, un Cap blanc-nez se ruant sur moi, couleur grand blanc mangeur d’homme juste devant mes mains sur le volant.
Mon pied a commencé sa course vers le plancher et lentement, j’ai vu mes lunettes quitter l’arrête de mon nez est traverser l’habitacle comme en apesanteur…
je me suis dit… c’est comme ça ?
C’est comme ça que ça qu’ils finissent, mes 120 kg de viande ?
Mes humeurs intérieures entre carter et radiateur, NON MAIS QUELLE FIN DE MERDE, PUTAIN !
ça valait bien le coût d’arrêter de fumer !
ça valait bien le coût de flipper comme un malade à l’idée d’avoir 40 ans,
ça valait bien le coup les errements, les erreurs, les envies, les projets,
ça valait bien le coût les lendemains qui chantent, retaper la salle de bain pour ne pas la finir, ça valait bien le coût de se battre à coup d’avocats hors de prix contre ces enculés de l’électricité!
Ça valait bien le coup de bosser comme un malade pour aller s’endormir comme un con au volant!
Quand je pense que j’ai même pas bu…
J’aurais voulu des bitures par paquets,
d’la bombe de dancehall et des banquets
À 2h30 sur la E40, ce que mon avenir peut me manquer…
Au début de la 2ème seconde, tandis qu’autour de moi la tôle grondait
le monde explosait dans les pattes tandis que mon pare-brise éclatait, a l’instant précis où mes lunettes venaient s’y écraser
Je me suis dit « on dirait que c’est les lunettes qui ont pété le pare-brise, c’est marrant »…
Je me suis dit pourquoi, putain?
Pourquoi pas d’un bête cancer de con, de la prostate ou du colon, pourquoi j’ai passé autant de nuits à cultiver des salades sur mon GSM au lieu d’écrire ce grand roman révolutionnaire que je m’étais promis de donner au monde,
pourquoi j’ai jamais fait l’amour avec deux femmes à la fois,
pourquoi j’ai jamais été foutu de sortir un putain d’album?
Quelqu’un peut m’expliquer ce que je vais foutre avec mes 12 600 points carrefour
et comment j’ai fait mon compte pour avoir si peur de devenir vieux ??
Abruti !
Je veux devenir vieux, la putain d’sa mère !
Je prends tout ! Je prends le Parkinson, les couches culottes et l’Alzheimer
Je veux me baver dessus, sucer des bombons imaginaires,
Je veux devenir un poids pour tout le monde, qu’on sache plus ou me foutre et que mes arrières petits enfants se demandent quand est-ce que le vieux va bien pouvoir crever.
Au début de la troisième seconde,
Tandis qu’autour de moi le monde s’éteignait
tandis que le dossier brisé de mon siège à travers le volant me projetait
J’ai pensé à la mer, ma belle
à ton corps, au ciel
À la saveur de la crème sur tes coups d’soleil j’ai pensé… comme je t’aime, mon fils.
Là, dans le temps suspendu, dans le métal broyant , j’ai eu envie de ses bras,
de l’absolue tendresse de ses mains et de son souffle dans mon cou,
envie de le couvrir d’amour et de salive une dernière fois,
et tandis que le moteur traversait le tableau de bord en engloutissant mes jambes, j’ai eu envie de lui demander pardon.
Pardon.
Pardon de partir mon petit garçon.
Pardon de partir par distraction sans t’avoir donné les armes qu’il faut pour le combat qui s’annonce.
Car un jour tu devras te battre, mon beau.
Te battre pour toujours et jusqu’à ton dernier souffle contre les armées de la connerie, de nos peurs et de nos certitudes.
Combattre comme un lion pour rester libre et tendre dans ce monde pleins de camions.
Doute toujours. Aime toujours.
Crie au monde ces doutes et ces amours parce que le monde n’a besoin que de ça.
J’aurais voulu des bitures par paquets,
d’la bombe de dancehall et des banquets.
À 2h30 sur la A40, ce que mon avenir peut me manquer…

Présentation : Nico Helminger

Nico Helminger est né en 1953 à Differdange au Luxembourg, pays qu’il quitte en 1973 pour y revenir en 2000 avec dans ses bagages (entre autres) des pièces de théâtre, des pièces radiophoniques, des livrets d’opéra, des récits, des romans et des livres de poésie. Il écrit en allemand et en luxembourgeois.

En 2008 il reçoit le prix Batty Weber pour l´ensemble de son œuvre.
Publications récentes : Ursprung, poésie, 2013, Abrasch, poésie, 2013 (prix Servais 2014), Autopsie, roman, 2014, Be Our Guests, théâtre, 2015, Et le jour prend forme sous ton regard, poésie, théâtre, danse, 2016, Flakka, récit, 2016, Aricia, théâtre, 2017, Kuerz Chronik vum Menn Malkowitsch sengen Deeg an der Loge, roman, 2017 (prix Servais 2018)

dort

schwarzbrühig tropft’s aus den leitungen
auf schwamm und kabelnest, das gebiss
der räder, gefüllt mit dem lärm
vergangener mahlzeiten, ragt dunkel
und nutzlos, dort, wo unterm spatzengitter
hohl die rinnen im wind pfeifen
und manchmal ein süchtiger auftaucht,
um das blei aus der farbe zu saugen, dort,
wo den kindern fledermäuse gezeigt werden
und ölverschmierte hände, aus denen einmal
die zukunft zu lesen war, wo in der früh
hüftarme models herbstkleider ins rostrot
der montage tragen und fotografen ihre linsen
anhauchen, dort wuchs damals das brot,
heisst es.
aber das brot hat viele namen, und so weiss
man nicht genau, was alles sich abspielte
dort, bevor vom zerfall die rede war

Présentation : Maria Cabrera Callís

Maria Cabrera Callís (Girona, Catalogne, 1983) est diplômée en Philologie catalane.

Elle travaille actuellement comme correctrice et traductrice pour plusieurs maisons d’édition, une profession qu’elle combine avec l’enseignement au département de philologie catalane de l’université de Barcelone, et la rédaction de sa thèse de doctorat en phonologie. Ses livres publiés jusqu’à présent sont: Jonàs (prix Amadeu Oller pour les jeunes poètes inédits, 2004), La matinada clara (2009) et La ciutat cansada (prix Carles Riba, 2016). Elle fait partie, en tant que rhapsode, des formations musicales El pèsol feréstec et Vladivostok et co-organise le fanzine littéraire autogéré Cor pelut.

DISPOSITION NATURELLE

« Ce sera plus naturel pour moi, de reposer »
Sylvia Plath (in « Arbres d’hiver », poésie/Gallimard, traduit de l’anglais par Françoise Morvan et Valérie Rouzeau)

« et une tendre inclination au péché… »
Miquel Bauçà

Le vent incline les arbres
comme la soif les personnes.
Les marbres des comptoirs
des bars de Barcelone
supportent ce poids :
le poids des personnes
inclinées par l’anxiété
le poids de tout le vent
qu’hors des maisons
fait crisser des charnières
peigne les acacias
et dessous les ramblas
dedans les égouts
inquiète et remue les rats.

Présentation : Justyna Bargielska

Poète et écrivaine, Justyna Bargielska (1977) fut entre autres lauréate du prix littéraire Gdynia (deux fois) et du Concours littéraire de la Société polonaise des éditeurs de livres (2010). Nominée au prix littéraire Wisława Szymborska de Varsovie, du Passeport de Polityka, prix Silesius, Gryfia et prix Nike (trois fois), Justyna Bargielska a présenté la première de son monodrame Clarissima au théâtre Witkacy à Zakopane et Moja pierwsza śmierć w Wenecji (« Mon premier amour à Venise ») au Théâtre dramatique de Varsovie. Justyna a également publié, en collaboration avec l’illustratrice Iwona Chmielewska, l’ouvrage Obie et Siedem pierwszych przygód Rozalii Grozy. Ses textes ont été traduits en anglais, russe, allemand, français, slovène, néerlandais, tchèque, slovaque et ukrainien.

Dans sa poésie, de Dating sessions, China Shipping, Dwa fiaty, Bach for my baby et Nudelman en passant par sa prose Obsoletki et Małe lisy, Bargielska associe souvent la mort à la corporéité, tout en combinant la discrétion et un sens profond de l’art dramatique. La marque de son œuvre est également une métaphore qui utilise de manière inattendue des noms concrets, menant les poèmes de Bargielska vers un surréalisme qui n’échappe pas à la vie quotidienne, et représente une valeur rare dans la poésie contemporaine.

Hanneton

Il n’y en avait qu’un, et déjà mort
écrasé par quelqu’un sur la première marche
en partant du bas, ou la dernière en partant du haut.
Étalé là, il dégoulinait. Ma fille
m’a demandé si c’était à lui que je pensais
quand je parlais des merveilles du printemps et d’une nouvelle vie.
On allait quelque part, et autour de nous c’était
comme après la grande guerre des champignons : rien n’avait changé,
mais rien n’était pareil. Oui, c’est à lui
que je pensais, un peu, beaucoup, passionnément. Et regarde
le résultat.
Le soir quelqu’un l’a balayé. Peu l’auront vu,
moi, ma fille et le balayeur. Le plupart d’entre nous sont encore vivants,
et quelques uns sont morts

traduction : Isabelle Jannès-Kalinowski

Présentation : Jean-Paul Klée

Jean-Paul Klée est né à Strasbourg en 1943. Son père, brillant normalien, ami de Jean-Paul Sartre et de Simone Weil, très tôt entré dans la Résistance, sera fusillé au camp du Struthof.
Après des études de lettres à l’université de Strasbourg, Jean-Paul Klée se dirige vers l’enseignement. De 1971 à 1979, il enseigne à Saverne. Après une étape à Strasbourg, il est professeur à Givors.

Jean-Paul Klée a publié en 1970 son premier recueil, L’été l’Éternité, puis La Résurrection alsacienne (1977), Requiem sur l’Europe à son lit de mort (1983) et Poëmes de la Noirceur de l’Occident (1998). Militant antinucléaire et écologique de la première heure, il a sacrifié beaucoup de son énergie, mais aussi sa carrière, à dénoncer les « lycées Pailleron ».

Parmi ses nombreux textes militants citons la Lettre au jeune Fabien sur les douleurs de notre temps, avec une Prière et un Appel . à . tous . contre . la . bombe . atomique (1979).

Après un bref séjour à Paris, il partage depuis de nombreuses années, son temps entre Strasbourg et Obernai.

Il a publié en 2001 aux éditions de la Nuée-Bleue, à Strasbourg, un merveilleux petit ensemble de proses, Rêveries d’un promeneur strasbourgeois, qui devrait constituer un véritable livre de chevet pour tous les admirateurs de cette ville magique.

La poésie de Jean-Paul Klée a été remarquée par les meilleurs critiques de France. Le site Poezibao estime que c’est l’une des plus originales de notre temps. Tout y circule à fleur de feuillet, même l’érotisme, le désarroi social et la crise mondiale. Enfin une poésie pour les âmes d’aujourd’hui.

au secours !…

In memoriam Raymond KLÉE (1907-1944)
Compagnon de SARTRE à Berlin

k’obscürément la vie méan=
dreuse sinüait parmi la
rivière vif-argent & nül n’avait
D’ABSOLU… Le fleuve Rien
N’absorbera pas notre folie…
L’Humanité peu à peu elle se

détruit nékrosant la fleur
De sa bonne-foi !…
Je n’étais k’ombre vermisseau
& colibri obsédé par l’Azür
Oh faiblardes minoteries,
Dont l’âme parfois s’éprenait…

L’immonde maquereau ki un jour
anéantira le monde entier a-t-il
déjà mis son épouvantable pié
parmi nous ?… l’apercevez-vous
Assis DANS LA MAISON NOIRCIE &
va-t-il jeter sür la KORÉE-dü-NORD

50 bombes nucléaires ●●●●● N’en
parlons pas Ne faisons rien (même pas
1 pas ou 2)… Rien !… Sürtout ne
bougez pas ?… Serions-nous
donc les complices de l’HORREUR
qu’on aperçoit qu’elle vient

SUR NOUS TOUS !!!…
Or je n’avais nül recours
que de crier AU SECOURS●●●
Et demain 500 millions
d’entre nous descendront-ils
DANS LA RUE pour manifester

Contre la guerre ki vient

Présentation : István Turczi

István Turczi (1957) est poète, écrivain, traducteur, éditeur, professeur d’université, personnage de la littérature hongroise, fondateur et rédacteur en chef de la révue poétique Parnasszus.

Secrétaire général du PEN Club hongrois
Section de poésie de l’Association des écrivains hongrois – Président réélu à plusieurs reprises
Troisième vice-président de Congrès mondial des poètes
Membre de l’Académie européenne de poésie (Academy of European Poetry, Luxembourg)
Membre de l’Académie de littérature Bjornson

Prix et honneurs : Grand Prix international de poésie de Varsovie, 2004
Ordre du mérite de la République de Hongrie , 2004
Prix József Attila, 2006
Professeur d’honneur de l’Académie mondiale des arts et de la culture,2008
Lauréat du Prix littéraire de la République de Hongrie, 2010
Grand Prix de poésie Eminescu, Roumanie, 2013
Prix de l’Association des écrivains moldaves, 2014
Citoyen d’honneur de ville de Tata, 2014
Citoyen d’honneur de Zugló, 2014
Prix Prima primissima, 2014

Ses livres publiés en hongrois:
Poésie :
Segédmúzsák fekete lakkcipőben (1985)
Zene állástalan zongoristáknak (1990)
A nők és a költészet (1991)
Amerikai akció (1991)
Uram, nevezze meg a segédeit! (1993)
Hosszú versek éjszakája (1997)
Csokonai Vitéz Műhely (1999)
Deodatus (2001)
Venus Vulgivaga (2002)
Sms 66 kortárs költőnek (2002)
Hívásra szól a csönd (2004)
Legszebb versei (Székely Magda vál., 2006.)
Áthalások (2007)
Erotikon – Eifert János aktfotóival (2008)
Ezt a nőt nagyon – hangoskönyv (2008)
Minden ablak nyitva – válogatott versfordítások (2009)
A változás memóriája (2011)
Turczi István legszebb versei (2014)
A fázisrajzoló átmeneti gyötrelmei (2016)
Üresség (2017)
Szeresd a vándort (2018)

Romans:
Mennyei egyetem (1987, 2002, 2013)
…se nélküled (1994)
A többi csak kaland volt
(2005)
Minden kezdet (2013)

Pièces théâtrales et radiophoniques:
Neander Kávéház (1989)
Hangdokumentumok –1956 (1989)
A katona története (1990)
Jer és lásd! – A Talmud könyvei (1991)
Revü (Dominó Színpad, 1991)
Anna-bál (Nagyváradi Szigligeti Színház, 1995)
A tintalovag (Petőfi Irodalmi Múzeum, 1996)

Quelle sorte d’édifice est la catharsis

Mon fils m’a demandé quelle sorte d’édifice
était la catharsis et où se trouvait-elle, sur quelle montagne.
Il m’a demandé de lui montrer une image aussi,
c’est quand même plus facile de concevoir ce qui
est visible, ce qui se trouve là et non pas ailleurs,
il n’a peut-être pas de place, on n’ose même pas y penser.
Il faut un lieu, pas tout près, loin non plus,
qui est sans ombre, qui ne branle et ne luit pas,
qui existe et qui veille sur lui-même.
Qui offre une belle vue – vers l’intérieur.

Présentation : Hester Knibbe

Née à Harderwijk aux Pays-Bas, Hester Knibbe publie son premier recueil de poésie Tussen gebaren en woorden (« Entre gestes et mots ») en 1982. On retrouve également ses poèmes dans divers magazines littéraires et anthologies. En 1994, sa publication Een hemd van vlees (« Une chemise de chair ») est nominée pour le VSB Poetry Prize. En 2000, son livre Antidood (« Anti-death ») reçoit le prix Herman Gorter (NL). En 2001, Hester Knibbe est récompensée par le prix Anna Blaman (NL et, en 2009, le prix A. Roland Holst (NL). La série Archaïsch de dieren (« Archaïque les animaux ») reçoit en 2014 le VSB Poetry Prize. Knibbe a en outre été consacrée poète officielle de la Ville de Rotterdam.

Un père

Échouant seule sur une sorte d’île
elle se cherche quelqu’un. Prend
par exemple l’homme qui vient de la mer,
le reçoit et le sert et quand il s’en
va, elle lui aménage un ici pour
quand il reviendra, si elle le reprend. Attendre
désormais fait partie de son corps et penser
comment était-il, algues aux pieds
dans ses mains un filet – C’est lui ! Ainsi
ce sont les femmes qui trouvent les dieux, elles
construisent un autel, y conduisent leurs fils,
leurs filles et disent: ton père.

traduction : Marnix Vincent

Présentation : Filipa Leal

Filipa Leal est poète, journaliste et scénariste. Formée en journalisme à l’université de Westminster, elle décroche un master en lettres portugaises et brésiliennes à la Faculté des Lettres à Porto. En 2003, elle publie son premier livre, suivi de huit autres dont on peut citer A Cidade Líquida, Vale Formoso (ed. Deriva), Adília Lopes Lopes (não-edições) ou son plus récent recueil Vem à Quinta-feira (2016, ed. Assírio &; Alvim). Sa poésie est traduite en Espagne, en Colombie, en Italie, en Croatie et au Venezuela. En 2014, elle livre au cinéma le scénario de son premier long-métrage, Jogo de damas (« Jeu de dames »), réalisé par Patrícia Sequeira. Cette écriture scénaristique lui vaut deux distinctions : le Golden Aphrodite du meilleur scénario au Festival de cinéma à Chypre (2016) ainsi que le Prix du meilleur scénario à l’International Monthly Film Festival de Copenhague (2017). Elle est aussi auteur et scénariste de la série télévisée Mulheres assim», diffusée à l’antenne de RTP1 (2016-2017). Actuellement, elle collabore à l’émission hebdomadaire « Literatura aqui », diffusée sur la chaîne TV RTP 2. Cette émission, réalisée en collaboration avec Pedro Lamares avec lequel elle fait la sélection des textes littéraires lus et interprétés tels des courts-métrages, a été primée en 2017 par la Société portugaise des auteurs (SPA) au titre de meilleur programme de divertissement.

MANUEL D’ADIEU POUR FEMMES SENSIBLES

Être digne le jour du départ, au moment des adieux, prendre congé avec tact,
ne pas pleurer pour ne pas affaiblir l’émigré,

même si l’émigré est notre frère cadet,

lui plier ses chemises, lui nettoyer ses baskets
avec un chiffon humide, l’aider à peser sa valise
qui ne doit pas peser plus de vingt kilos

(combien son cœur pèse-t-il? et le mien?)

trois paires de chaussures, une paire de draps, un coupe-vent
lui offrir la médaille que Maman portait chaque fois qu’elle partait

et que probablement elle ne portait pas lorsqu’elle partit pour toujours.
Avoir passé la journée à la recherche de la médaille dans toute la maison
(personne ne sort plus d’ici sans la médaille, personne ne sort plus d’ici)
songer que la date choisie pour partir est celle de la mort de Maman.
Songer que Maman n’est pas avec moi pour lui plier ses chemises
et quand même ne pas pleurer, ne jamais pleurer,
même si Papa est en train de pleurer, même si tout le monde pleure,

prendre des saletés s’il le faut: des calmants, des relaxants,

des antioxydants pour ne pas pleurer; marcher pour ne pas pleurer,

prendre un bain de soleil pour ne pas pleurer, sortir dîner pour ne pas pleurer,

rencontrer du monde,

mais des gens de bonne humeur, faire une couleur et dissimuler les cheveux blancs,

car le cheveu grisonnant fait davantage pitié, dire des bêtises pour que
les amis ne craquent pas à leur tour, les amis aiment surtout nous voir rire, regarder des séries
drôles
jusqu’à en être assommé, se réveiller plus tôt pour lui préparer du pain grillé avant le voyage,
avec du beurre, avec de la confiture de myrtille, avec tout ce qu’il y a dans le frigidaire,

et ne pas songer que jamais plus nous serons petits à nouveau,

emplis de Mère et de Père dans la chambre à côté,
emplis de travail dans la chambre à côté du temps où le Portugal existait encore.
C’est inouï ce qu’on exige d’un être humain du XXIe siècle.

Qu’il meure de peur et de saudade à l’aéroport de Francisco de Sá Carneiro.
Mais qu’il ne pleure pas.

in Vem à quinta-feira, ed. Assírio & Alvim, 2016

Vorstellung: Evelyn Schlag

Evelyn Schlag, geb. 1952, Waidhofen/Ybbs, lebt dort als freie Autorin. Zahlreiche Preise, u.a. Österreichischer Kunstpreis für Literatur 2015. Veröffentlichungen zuletzt: Sprache von einem anderen Holz. Gedichte. Paul Zsolnay Verlag 2008; verlangsamte raserei, gedichte. Paul Zsolnay Verlag 2014. Yemen Café. Roman. Paul Zsolnay Verlag 2016. (2018: All Under One Roof. Poems. Translated by Karen Leeder. Carcanet. Manchester.)

Tango Nuevo

Sie machen es bei offenem Fenster.
Unter den Vorhängen schiebt der Wind
Herein was er so hört. Es ist Frühling,
Der auf den Sommer prallt.
Es gibt tote Igel am Straßenrand.
Er sagt: Jetzt beug dich über mich.

Von irgendwoher kommt immer Musik.
Auf dem Gehsteig zieht ein Junge
Mit dem Skateboard eine harte Spur.
Tuscaloosa. Albuquerque. Santa Fe.
Langsam hebt er auf seiner Zunge
Ihre Brust um eine Terz.

Sie machen es bei Tag und bei Nacht.
Briefe und Rechnungen, die fein
Gestickte Erzählung in Bayeux,
Wo die Ritter im Wasser stehen.
Sie dreht sich unterm ausgestreckten Bein
Wie eine Zirkustänzerin herum.

Die Perseiden sind Salzkörner einer
Vom Lachen geschüttelten Hand.
Auf dem PC-Schirm verschwindet
Die Schrift, sternloses Firmament.
Sie verlieren noch den Verstand.
Er hat den Mund mit kurzer Sprache voll.

Ihm entfällt der Name seines Weins.
Irgendwo sind die Barbaren schon im Saal.
Kleinere Kunstbände zwischen der
Reiseliteratur. Die Zwinge ihrer Knie.
Sie machen es zum x-ten Mal.
Der Satz in ihren Augen unentzifferbar

Présentation : Corina Moscovich

Corina Moscovich est née à Rosario, Argentine mais habite au Luxembourg depuis 2014. Elle est poète, écrivaine, professeur des langues et traductrice. Elle a suivi un Master en Multiculturalisme et Multilinguisme à l’Université du Luxembourg ainsi qu’un Baccalauréat en arts. Elle est également journaliste et bloggeuse indépendante et coordonne un atelier d’écriture créative multiculturelle à l’Université du Luxembourg depuis 2016.

Corina a vécu et travaillé en Angleterre, aux États-Unis et en Afrique du Sud lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2010. Elle a écrit pour l’hebdomadaire NotiExpress jusqu’à sa fermeture. Publiée en Angleterre, elle a travaillé comme traductrice et interprète pour des poètes étrangers. En Argentine et à l’étranger, elle a participé à différents groupes d’écriture et de lecture et coordonné Atelier d’écriture sur Passage Pan avec E. Previgliano en 2013 et 2014. Elle a également participé à des expositions collectives et solos de poèmes et d’histoires. Elle a été invitée à de nombreux cycles artistiques en Argentine et à l’étranger comme « La poesía de los bares » (2006 à 2011), Art pour la Paix (de 2006 à 2014), « Poesie mit Geschmack mate », le festival Cri de femme, « Landlocked, Sealocked – Poésie de Malte, Luxembourg et au-delà », « Je suis venue vous dire », etc.

Publications :
Ser de sangre (Elipsis, Rosario, 2016). Ce roman qui défie le lecteur intelligent et sensible, attentif au détail à la juste mesure a été présenté à Luxembourg, lors du 17e Salon du livre et des cultures du Luxembourg (LuxExpo) en 2017. La structure du roman s’articule autour de trois fils narratifs reliés entre eux. En plus de révéler des tabous qui cernent un épisode douloureux, Corina Moscovich offre au lecteur le portrait d´époques différentes de la société argentine. L´importance des racines généalogiques est présente pendant les soixante chapitres qui composent Être de sang.
Vía Remington (Ciudad Gótica, 2006) contient des poèmes en espagnol et en anglais, liés à ses expériences à Rosario et aussi dans des villes comme Bismarck (USA) et Birmingham (Angleterre). Ce recueil ne parle pas seulement d’amour et de manque d’amour, mais aussi de persévérance, de foi, de suivre une ou plusieurs voies. Vía Remington fait allusion au nom de la machine à écrire qu’elle a héritée de son grand-père et avec laquelle l’auteure a commencé à écrire systématiquement.

Corina Moscovich fait partie des anthologies Abat-Jour (Gato Grillé, 2015), 19 de Fondo (Gato Grillé, 2008), Fin Zona Urbana (Gato Grillé, 2010) et Poètes du Tiers-Monde (Ciudad Gótica, 2008). Son histoire Felipe sans sieste intègre le livre Aquí llegamos los chicos, un projet ludo-littéraire du ministère de l’Éducation de la Ville de Rosario.

J’ouvre des tiroirs déjà vides
avec des punaises oxydées
des restes de poussière
des odeurs
des humeurs
des amours
et je ne détecte
aucun signal
qui m’aide à comprendre
la raison de ton absence.